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Un monde à réenchanter ....

Existe-t-il un lien entre le cerveau-matière, objet d'exploration de la science, et les états de conscience ? C’est la question qui hantait les esprits noblement penseurs des deux siècles précédent...et qui traverse de bout en bout l’ouvrage que publie en  1983 Jean Pierre Changeux, « l’homme neuronal »  où il donne un début de réponse en montrant  l’étonnante  plasticité du cerveau: les extraordinaires possibilités combinatoires liées au nombre et à la diversité des connexions du cerveau de l'homme paraissent suffisantes pour expliquer les capacités humaines ...dans la mesure où le nombre de combinaisons possible entre toutes les synapses est de l’ordre de grandeur du nombre de particules chargées positivement dans l’univers !

dans le fond sans matière grise, il n’y a plus d’esprit… sans le corps: pas de pensée.

«Je maintiens que le mystère de l'homme est incroyablement diminué  par le réductionnisme scientifique et sa prétention matérialiste à rendre compte du monde de l'esprit en termes de simple activité neuronale.» John C. Eccles, Prix Nobel de Médecine

On peut être prix nobel et complètement idiot par ailleurs ! Car mettre l'accent sur la plasticité du cerveau  ne signifie pas pour autant que Changeux ait REDUIT la pensée aux mécanismes qui la produisent... il a juste dit que le nombre de connexions possible laisse penser que les mêmes mécanismes  producteurs de diversité à l’œuvre dans la nature sont vraisemblablement en toute logique à l’œuvre également dans notre cerveau ... Les lois de la matière s’appliquent à la matière de notre corps aussi !  pardi !

Ainsi il faut admettre enfin que d’un cerveau apparemment petit et limité peut sortir une pensée apparemment illimitée... !   Regardez simplement comment la nature peut faire tenir une surface immense dans un volume tout petit : un arbre.... ma cage thoracique... mon abdomen: saviez vous que mon intestin grêle fait entre 5 et 8 mêtres de long? je vous laisse imaginer  la surface disponible pour les  échanges intestinaux....

Changeux a tout simplement permis d’en finir avec  l’idée d’un cerveau constitué de matière organique figée et immuable : il réintègre le mouvement ouf ! On n’en pouvait plus de tant d’incohérence, dire de la vie qu’elle est mouvement et dans le même temps s’accrocher à des archaismes stagnants !

Le mental et la conscience seraient ainsi le fruit du croisement d’un programme génétique (qui détermine le fonctionnement du cerveau) et d’un environnement (qui détermine ce que l’individu pourra actualiser de ce programme ) Double détermination ! c’est en ce sens qu’il faut repenser le terme de « prédisposition » auparavant pensé comme la réalisation d’un potentiel inscrit tel quel et une fois pour toutes,  dans la matière cérébrale.

Comment ça marche ? schématiquement ainsi :  le vécu  sous sa forme sensible (perceptions émotions) change la composition chimique du milieu dans lequel baignent les neurones qui fabriquent alors les connexions correspondantes, comme on trace des réseaux  routiers.

Dès lors que le cerveau s’enrichit d’une connexion, il devient apte à comprendre un peu plus du réel et ainsi de suite de proche en proche . Plus on perçoit plus on peut percevoir…
C’est ainsi que le  « donné »  biologique   est tout à la fois aidant et limitant, à la façon d’un obstacle qu’on peut transformer en point d’appui . Le moteur le carburant de cette délicate transformation serait la curiosité. Une ressource humaine renouvelable… et à portée de main…

Ceux qui poussent des hurlements à l’idée qu’on puisse expliquer scientifiquement ce qui faisait mystère jusque là ... (désenchanter le monde )  sont restés  collés à la religion .. dont on connait l'intérêt qu'elle a porté et continue de porter .. à le science!

ceux là qui poussent les hurlements ne font que résister à l'idée de s’affranchir d’un Dieu paternaliste et autoritaire (créateur de mystère et d’enchantements) ?    Il est plus que temps, frères humains,  de se responsabiliser et prendre en main notre  destin pour réenchanter le Monde à notre manière. S’autonomiser ne demande pas de nier Dieu…, absolument pas ...juste  penser autrement notre rapport à lui: Dieu n'est peut-être pas  extérieur à l'humain et inatteignable mais au contraire  intérieur, ou mieux à cheval entre les deux?

Et puis, de toutes façons pour grandir il faut en passer par cette période de « désenchantement » du monde…c’est délicat mais nécessaire, comme admettre que le père Noel n’existe pas… nous permet de grandir, sortir de l’enfance, se prendre en main:  l’évolution de l’humanité ne répète t’elle pas l’évolution d’un seul de ses membres ?

 

Ne penser le corps QUE par l’esprit,  c’est poser, volontairement ou pas , son corps comme extérieur , comme une chose un objet, c’est faire une grosse connerie, c’est se supprimer les moyens de se rapprocher d’une découverte majeure : nous sommes mieux que substance pensante dans un corps,   nous sommes  incarnation pensante.

 

Les activités corporelles autorisées dans notre bel et savant aujourd’hui, ne font que péréniser tout en la régénérant cette conception « extérieure » de la corporéité, conception forcément restreinte et mutilante. Toute éducation est bâtie sur l’ idée qu’il s’agit de « maitriser » des passions « mauvaises » avec lesquelles nous serions venus au monde, alors que comme je viens de le redire, la science a confirmé il y a plus d’un demi siècle en plus, que nous ne venions au monde avec rien d’autre que la capacité à nous fabriquer !

Les visions du monde se sont succédées,  les penseurs les plus divers ont réfléchi débattu glosé écrit transformé radicalisé détruit régénéré des idées concepts paradigme sans jamais soulever le couvercle du seul chaudron radicalement radical….   Celui de nos pulsions de notre animalité première celui qui contiendrait toute cette merde de pulsions informes infâmes qu’il faudrait dompter maîtriser sculpter pour se civiliser

Arrêtons nous un instant sur cette idée

D’abord je trouve cela un peu couillon d’arriver au monde avec un tas de trucs merdiques .... cela implique d’avoir à faire, d’entrée, un travail de tri sélectif avec une pince à linge sur le nez et des gants renforcés ?

Ensuite se forger une identité, un sentiment de Soi, à partir de la négation du matériau principal... c’est carrément fou!  Mais c'est dans cette folie que  nous baignons tous pourtant depuis deux mille ans nous autres occidentaux ... à la con !     La frustration, donc la violence comme principe « créateur » : et ben ! il était temps qu’on se rende compte d’une telle absurdité !

Et encore ... on est assez peu nombreux à s’en rendre compte ! Aldo Naouri ( qui n’est pas le premier con venu, vous conviendrez ! ) donne en 2009 dans un charmant opuscule ce fabuleux conseils aux parents en mal d’autorité : « un enfant a besoin d’être « névrotisé » et pour cela il a besoin avant tout d’être frustré … accoutumé très tôt à la frustration il supportera et respectera l’existence de l’autre  »

Pardonnez moi de donner un avis très perso sur le coup....mais  l’amour du prochain basé sur la frustration, ça me paraît très très .....con !

C’est pourquoi à la lumière de tout  ce qui précède, je commence à trouver très sage ma proposition (Ecologie Corporelle et Relationelle soit ECER) de repartir du corps, du rapport sensible avec le monde pour rendre compte de la cognition et repenser la notion d’incarnation : au delà du sens que lui a imprimé la tradition chrétienne encore vivace, s’incarner c’est surtout « incorporer » le Monde en l’invitant à s’inscrire dans la matière « plastique » de nos cerveaux .

Nous considérons la cognition ni comme la reconstitution d’un monde extérieur déjà donné (réalisme) ni comme la projection d’un monde intérieur (idéalisme) mais comme l’obligation d’activer sans cesse par le mouvement de la Vie ces deux « …ismes ».

Plus les échanges avec le monde extérieurs sont nombreux et diversifiés plus nous avons l’occasion d’élargir notre conscience en affinant nos perceptions.   Dès lors la vie peut être vécue comme une suite infinie de moments uniques où nous nous « expérimentons »,  avec l’autre, dans l’autre,  pour l’autre,  sans l’autre, mais toujours avec la curiosité d’être ici et maintenant acteur de notre propre existence.

 

"c'est dans l'épreuve que je fais d'un corps explorateur voué aux choses et au monde... que se noue ma relation avec l'Etre..."

Merleau Ponty phénoménologie de la perception

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