Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

la conscience

  • CORPS/ESPRIT

    Quels liens existe t’il entre l’expression la plus élaborée de mon esprit et la partie matérielle de mon individu ?

    Le problème de l’union de l’âme et du corps s’est posé très tôt aux philosophes et théologiens.   Descartes s’interroge sur l’existence d’une  liaison « hors raison »  entre les deux :

    « la nature m’enseigne par les sentiments de douleur de faim de soif etc.. que je  ne suis pas seulement logé dans mon corps ainsi qu’un pilote en son navire mais outre cela que je lui suis conjoint très étroitement et tellement confondu et mêlé que je compose comme un seul tout avec lui . Car si cela n’était , lorsque mon corps est blessé je ne sentirai pas pour cela de la douleur, moi qui ne suis qu’une chose qui pense, mais j’apercevrais cette blessure par le seul entendement comme un pilote aperçoit par la vue si quelque chose se rompt dans son vaisseau. »

    Autrement dit :  un Homme blessé pourra dire MA jambe tandis que le pilote continue de voir la déchirure de la coque comme une chose extérieure à lui !

    Descartes qui fonde toute sa réflexion sur le cogito semble dire ici que le cogito est « insuffisant » : il faut faire du sentiment d’appartenance une raison « hors raison »…qui appartiendrait ….aux « enseignements de la Nature » ?

    Descartes  se trouve en quelque sorte piégé dans une position délicate dont il relève lui-même le caractère contradictoire, d’une âme à la fois véritablement conjointe et totalement distincte de tout le corps.

    Par la suite on oubliera ce caractère contradictoire au profit d’un dualisme pur et dur  qui faillit totalement à atténuer le mépris avec lequel la religion  teinte les « choses du corps »

    En 1633 année de la condamnation de Galilée par l’Eglise,  On  répugne plus que jamais à mettre sur un même rang le « vulgaire »  de la  « Nature »  (la merde le sang l’urine ..) et l’Ame, divine donc parfaite (ou parfaite donc divine..)  et du coup, pendant des siècles on s’en tiendra au dualisme cartésien sans  chercher  à résoudre la  contradiction pourtant essentielle d’une âme parfaite « animant»  un corps imparfait …

    « la plus mauvaise idée qui traverse l’esprit d’un homme  est meilleure et plus élevée que la plus grande production de la nature et cela justement parce qu’elle participe de l’esprit et que le spirituel est supérieur au naturel »  !  (E.Kant)

    en s’interrogeant  plus spécifiquement sur les rapports  entre le cerveau et la conscience, Henri Bergson  (l’énergie spirituelle 1919) introduit la notion de solidarité sans aller malheureusement beaucoup plus loin que ses prédécesseurs dans la caractérisation de la nature du rapport entre biologique et psychique…

    « Il n’y a pas lieu de soutenir qu’on pourrait lire dans un cerveau tout ce qui se passe dans la conscience correspondante . Un vêtement est solidaire du clou auquel il est accroché , il tombe si l’on arrache le clou. Il ne s’en suit pas que le clou soit l ’équivalent du vêtement  …. Tout ce que l’observation, l’expérience et par conséquent la science nous permettent d’affirmer c’est l’existence d’une certaine relation entre le cerveau et la conscience » !

    C’est cette certaine relation  que les sciences cognitives vont s’attacher enfin à caractériser… !

    Existe-t-il un lien entre le cerveau-matière, objet d'exploration de la science, et les états de conscience ? c’est la question qui traverse de bout en bout l’ouvrage « l’homme neuronal » que Jean Pierre Changeux publie en 1983 et où il montre l’étonnante  plasticité du cerveau.

    Pour l'auteur, les extraordinaires possibilités combinatoires «liées au nombre et à la diversité des connexions du cerveau de l'homme paraissent suffisantes pour expliquer les capacités humaines».

    L’idée d’un cerveau constitué de matière organique figée et immuable est révolue.

    Bernard Andrieu propose dans « le cerveau » (hatier 1999) le modèle du matérialisme dynamique : le mental et la conscience seraient ainsi le fruit du croisement d’un programme génétique (qui détermine le fonctionnement du cerveau) et d’un environnement (qui détermine ce que l’individu pourra actualiser de ce programme ) Double détermination ! c’est en ce sens qu’il faut repenser le terme de « prédisposition » auparavant pensé comme la réalisation d’un potentiel inscrit d’emblée dans la matière cérébrale.

    Le cerveau s’adapte , il se sculpte lui-même selon les « lignes de force » rencontrées en un lieu et un temps donné. La disposition n’est plus l’actualisation d’un mécanisme inné mais le résultat de la plasticité de la matière cérébrale.

    La plasticité du cerveau reposerait sur un processus d’autoformation qu’on peut décrire schématiquement ainsi :  le vécu  sous sa forme sensible (perceptions émotions) change la composition chimique du milieu dans lequel baignent les neurones qui fabriquent alors les connexions correspondantes, comme on trace des réseaux  routiers, dès lors que le cerveau s’enrichit d’une connexion, il devient apte à comprendre un peu plus du réel et ainsi de suite de proche en proche . Plus on perçoit plus on peut percevoir…
    c’est ainsi que le  « donné »  biologique   est tout à la fois aidant et limitant, à la façon d’un obstacle qu’on peut transformer en point d’appui . Le moteur le carburant de cette délicate transformation serait la curiosité. Une ressource humaine renouvelable… et à portée de main…

    Ces découvertes des neurosciences  font naître des  résistances que nous pouvons grouper autour de cette question :  avons nous le « droit » de désenchanter le monde ?

    John C. Eccles, Prix Nobel de Médecine écrit : «Je maintiens que le mystère de l'homme est incroyablement diminué (à tort) par le réductionnisme scientifique et sa prétention matérialiste à rendre compte du monde de l'esprit en termes de simple activité neuronale.»

    Qui est créateur de mystère et d’enchantements...? un Dieu paternaliste et autoritaire  . Désanchanter le Monde pourrait se traduire par s'affranchir du Père... pour se responsabiliser et prendre en main notre  destin.       Alors il sera tout à fait possible de réenchanter le Monde, à notre manière cette fois, avec notre "consentement" , avec toute notre conscience.  S’autonomiser n'implique pas  nier le divin …l'adolescent ne rejette pas son père, il pense autrement son rapport à lui.

    Pour grandir il faut en passer par cette période de « désenchantement » du monde…c’est délicat mais nécessaire, comme admettre que le père Noel n’existe pas… nous permet de grandir. Sortir de l’enfance se prendre en main, l’évolution de l’humanité ne répète t’elle pas l’évolution d’un seul de ses membres ?

    Il reste que, comme le disait Spinoza  «Tout ouvrage de réflexion sur le cerveau se trouve indéniablement limité à la fois par la «disposition» du cerveau de celui qui l'écrit et par l'état des connaissances au moment où il l'écrit».

    Nous ne sommes pas tous également agités par ces questions mais nous devons tous en reconnaître aujourd’hui l’intérêt !   Penser nos moyens de penser, c’est mettre  en jeu cette capacité spécifiquement humaine de réflexion, c’est à dire de retour sur soi : être capable de s’observer en train de penser comme on observe la course du soleil et des étoiles ....et échanger sur ce que l'on a observé, c'est montrer que l'on veut comprendre comment fonctionne  l’humaine nature dans laquelle nous sommes "tombés" un beau matin! (ou peut-être une nuit? ) …

    Dès lors la vie peut être vécue comme une suite infinie de moments uniques où nous nous « expérimentons »,  avec l’autre, dans l’autre,  pour l’autre,  sans l’autre, mais toujours avec la curiosité d’être ici et maintenant acteur de notre propre existence.

    "c'est dans l'épreuve que je fais d'un corps explorateur voué aux choses et au monde... que se noue ma relation avec l'Etre..."

    Merleau Ponty phénoménologie de la perception